Trois dessins de Sandro Botticelli, Leonard de Vinci et Ingres grands maitres de la peinture, portraits touchants mettant en valeur la beauté des dessins
Dessins de Sandro Botticelli, Leonard de Vinci et Ingres

Je viens aujourd’hui vous parler de mon amour pour le dessin. Depuis les origines de l’art, le dessin occupe une place essentielle. Bien avant la peinture, il a été un moyen direct de comprendre le monde, de l’observer et de le ressentir. Tracer une ligne, c’est déjà interpréter le réel. Dans l’histoire de l’art, le dessin est à la fois outil de recherche, langage artistique et forme d’expression émotionnelle.

L’historien de l’art Ernst H. Gombrich, dans Histoire de l’art, rappelle que l’art n’est pas une simple reproduction du réel, mais une construction progressive, faite d’essais, de traditions et de choix visuels (Gombrich, Histoire de l’art, Phaidon, éd. française).

Le dessin à la Renaissance : penser avec la ligne

À la Renaissance, le dessin devient le cœur du travail artistique. Il permet aux artistes de chercher, d’hésiter, de comprendre la forme avant la couleur.

Léonard de Vinci incarne cette approche. Dans ses dessins, comme L’Homme de Vitruve (vers 1490), la ligne sert à explorer le corps humain, l’équilibre et le mouvement. Ses études au crayon et à la plume montrent que le dessin est un outil de connaissance, mais aussi un espace de liberté.

Raphaël, à travers ses nombreux dessins préparatoires, utilise le trait pour capter l’expression des visages et la douceur des gestes. Le dessin devient déjà une manière de saisir l’émotion, avant même la peinture.

Pour Gombrich, cette période montre que l’art se construit par une tradition vivante, où chaque artiste apprend des précédents tout en cherchant sa propre voie (Histoire de l’art).

Dessin en noir et blanc de Ingres, autoportrait a l'age de 24 ans, vers 1805
Détail de l’Autoportrait d’Ingres à l’âge de 24 ans (vers 1805) de Jean-Louis Potrellle d’après Ingres, présenté dans l’exposition « Ingres avant Ingres », musée des Beaux-Arts, Orléans (©Guy Boyer)

Le dessin comme expression intérieure

Avec Albrecht Dürer, le dessin gagne une force émotionnelle nouvelle. Son dessin célèbre Les mains en prière (vers 1508) révèle comment un simple tracé noir sur papier peut transmettre recueillement, tension et humanité.

Au XIXᵉ siècle, Jean-Auguste-Dominique Ingres affirme que le dessin est la base de toute œuvre. Ses portraits et études au graphite montrent que la ligne peut traduire le caractère et la présence intérieure d’un modèle.

Selon Gombrich, le dessin ne copie jamais le monde tel qu’il est : il le traduit à travers des signes, choisis par l’artiste. Ce décalage entre réalité et représentation ouvre un espace pour l’émotion (Art et illusion, Gombrich, Phaidon).

Le dessin moderne : aller à l’essentiel

À la fin du XIXᵉ siècle, Vincent van Gogh utilise le dessin comme un moyen direct d’expression. Dans Sorrow (1882), le trait devient nerveux, presque douloureux. Le dessin en noir et blanc porte une charge émotionnelle intense, sans passer par la couleur.

Au XXᵉ siècle, Pablo Picasso et Henri Matisse montrent que le dessin peut se simplifier pour devenir plus fort. Une ligne, un contour, un vide suffisent parfois à évoquer une présence ou une émotion. Gombrich souligne que l’artiste ne cherche pas à imiter, mais à créer une forme signifiante, capable de toucher le regardeur.

Pourquoi le dessin en noir et blanc touche autant

Le dessin en noir et blanc ne distrait pas par la couleur. Il met l’accent sur la ligne, le contraste, le rythme du geste. Il révèle le temps du tracé, l’hésitation, l’élan. Il est souvent plus proche de l’émotion brute.

Dans cette tradition, dessiner, c’est chercher à saisir l’essentiel : une tension, un regard, une présence. Le dessin devient alors un espace intime, où l’artiste et le spectateur se rencontrent sans filtre.

Ce que je recherche dans le dessin en noir et blanc s’inscrit dans cette histoire : capturer l’émotion par la ligne, laisser parler le trait, accepter la simplicité pour atteindre une forme de vérité intérieure, authentique, liée au cosmos. Et rien d’autre.