Les grands maitres artistes peintres face à l'IA
Les Grands Maîtres Artistes peintres face à l'IA (image générée par l'IA)

Préserver l’imaginaire humain : une nécessité philosophique, artistique et sociale

À chaque époque, l’humanité s’est définie par ce qu’elle racontait d’elle-même. Mythes fondateurs, peintures rupestres, tragédies grecques, romans, chansons, films : l’imaginaire n’est pas un simple divertissement, il est un miroir fabuleux, et  surtout « la matrice de notre rapport au monde ». Voilà pourquoi l’Art me passionne !

C’est par l’imaginaire que nous donnons forme à ce que l’on ne comprend pas encore, que l’Artiste « apprivoise » l’angoisse, qu’il projette ses peurs, ses possibles, qu’il transforme sa douleur en « sens » et en « œuvre d’art ».

Aujourd’hui, cet imaginaire est confronté à un phénomène nouveau : la production massive de contenus par des systèmes algorithmiques. Des images, des textes, des musiques peuvent être générés en quelques secondes, à l’aide d’un tout petit clic, sans vécu, sans corps, sans mémoire affective. Quel bonheur pour certains. Quelle tragédie pour les artistes.

Ce bouleversement technologique pose une question centrale selon moi ! Que devient l’imaginaire humain s’il cesse d’être produit par des humains ?

L’imaginaire humain : un acte existentiel

Créer, pour un être humain, n’est pas seulement produire une forme. C’est un acte existentiel. Un artiste ne crée pas à partir de données, mais à partir :

  • de son histoire,
  • de ses blessures,
  • de ses désirs,
  • de son rapport intime au monde,
  • de son corps, de ses émotions, de ses limites.
  • de ses angoisses

Une œuvre humaine est toujours « située dans le temps » et dans « une émotion qui l’a traversé ». Elle porte une subjectivité irréductible. Même imparfaite, même maladroite, elle est traversée par une intention consciente : quelqu’un cherche à dire quelque chose à quelqu’un d’autre. Et voyez-vous , pour moi, c’est çà l’Art ! 

Philosophiquement, l’imaginaire humain est lié à la conscience, à l’altérité et à la mort. Nous imaginons parce que nous savons que nous allons mourir, parce que le réel nous échappe, parce que nous cherchons du sens là où il n’y a que la peur et du chaos.

Un algorithme, lui, ne cherche rien. L’IA ne doute pas. Elle ne souffre pas. Elle ne désire rien. Elle ne fait que calculer,  recombiner ( et je le dis souvent : vomir des données ! )

Ce que l’algorithme ne peut pas produire

Même si l’I.A peut imiter des styles, elle ne peut pas produire :

  • une expérience vécue,
  • une mémoire émotionnelle,
  • un rapport charnel au monde,
  • une responsabilité éthique,
  • une vision intérieure.

L’I.A ne sait pas ce que signifie « aimer, perdre, espérer, avoir peur, se sentir exclu, être en colère contre l’injustice, se révolter, se taire, désirer être compris. »

L’I.A ne crée pas , elle calcule ! 

L’imaginaire humain, lui, est imprévisible, contradictoire, parfois incohérent, souvent fragile. Et c’est précisément ce qui le rend créatif et vivant.

Pourquoi soutenir les artistes humains est vital

Soutenir un artiste humain (auteur, peintre, illustrateur, musicien, photographe …)  qui crée avec son propre langage, sa propre poésie, ce n’est pas une posture nostalgique ou élitiste. C’est un acte politique et anthropologique !  J’aimerais tellement que les gens réalisent cela : 

Ce sont les artistes humains qui :

  • interrogent le réel au lieu de le reproduire,
  • dérangent les normes au lieu de les consolider,
  • ouvrent des futurs au lieu de ruminer le passé,
  • parlent de nos silences, de nos douleurs invisibles.

Sans les Artistes, la culture deviendrait un miroir fermé sur elle-même : elle recyclerait indéfiniment ce qui a déjà existé, sans produire de rupture, de surprise ou de transformation. 

Prenons tous conscience de cela : l’algorithme excelle dans l’optimisation. L’artiste humain, lui, est nécessaire pour la subversion… (j’adore ce mot).

Si l’imaginaire humain disparaît : que peut-il arriver ?

1. Une standardisation de la sensibilité

Si la majorité des livres, des images et des nouvelles musiques proviennent de l’IA, notre l’imaginaire collectif deviendra :

  • fade et sans relief
  • plus homogène,
  • plus prévisible,
  • plus conforme aux moyennes culturelles dominantes.

La diversité des visions du monde va selon moi, s’appauvrir. Les formes minoritaires, marginales, singulières deviendront invisibles.

2. Une perte de sens critique

Mon imaginaire est cet espace si précieux où je peux expérimenter des idées sans les soumettre immédiatement à l’efficacité, à la rentabilité ou à la performance. L’Art pour l’Art : j’aime tellement cette idée, si chère à mon cœur depuis tant d’années. 

Sans l’imaginaire et sans l’Art, on penserait surtout pour être efficace, pas pour réfléchir vraiment.

On créerait pour plaire ou faire du buzz,
pas pour exprimer ce qu’on ressent ou comprendre le monde. La culture deviendrait quelque chose qu’on consomme vite, au lieu d’un espace pour se poser des questions. On produirait beaucoup de contenus. On ne créerait plus pour comprendre, pour s’émerveiller, pour grandir mais pour remplir des flux. 

3. Une atrophie de la conscience

L’imaginaire est notre trésor d’être humain : il structure notre capacité à nous projeter, à ressentir et rencontrer les autres, à imaginer d’autres manières de vivre ensemble. Si nous consommons uniquement des productions générées par l’IA, nous risquons de perdre progressivement :

  • l’empathie profonde,
  • la capacité à penser en symboles
  • le goût du silence, du doute, de la différence

Et pour moi, une société sans complexité ne pense plus vraiment : elle préfère les réponses faciles aux questions qui dérangent.

4. Une dépossession de l’humain de sa propre narration

Si les récits dominants ne sont plus portés par nos consciences humaines, mais par des systèmes industriels automatisés, alors l’humanité cessera progressivement de se raconter elle-même.

Elle deviendra spectatrice de son propre imaginaire. Avec l’IA greffée à son doigt, à son cœur, paralysant toute  sa vie intérieure et sa métacognition. Mon cœur se met à battre la chamade, rien que d’y penser ! 

Préservons l’imaginaire l’humain 

Préserver l’imaginaire humain, ce n’est pas refuser la technologie. C’est refuser que la technologie devienne le substitut de la conscience.

C’est affirmer que :

  • la lenteur a une valeur,
  • l’imperfection est féconde,
  • le doute est créateur,
  • la fragilité est une force,
  • la poésie n’est pas un luxe mais une nécessité vitale.

L’imaginaire humain est l’un des derniers espaces où l’on peut encore dire :
« Je ne sais pas, mais je cherche. »

Et tant que des humains chercheront, le monde restera « ouvert ».
Le jour où plus personne ne cherchera mais cliquera en créant « en une seconde un contenu », son cerveau s’atrophiera pendant que les machines  optimiseront un monde fermé, prévisible, mort symboliquement, même s’il continuera à produire des images infinies.

A mes yeux, la disparition de l’Art serait grave.
Mais la disparition du regard humain sur l’existence serait une tragédie.

DAM KAT