Dessin en noir et blanc Le cauchemar, représentant une petite fille endormie, accroché dans un salon avec une cheminée
Dessin en noir et blanc intitulé Les compagnons de l’aube, représentant un homme et un cerf dans une forêt
ATELIER DAM KAT

L’invisible comme présence dans le geste artistique

Il y a toujours quelque chose que l’on ne voit pas. Même quand je regarde longtemps un portrait, même quand je crois l’avoir compris, une part m’échappe. Dans l’atelier, l’invisible est partout : dans ce que je ressens avant de tracer le premier trait, dans ce silence qui précède le geste, dans cette hésitation légère qui m’indique que quelque chose est en train de se jouer.

Quand je dessine ou que je peins, je travaille avec des formes, des lignes, des valeurs, des couleurs, mais ce n’est jamais suffisant à expliquer ce qui se passe réellement. Il y a une présence plus fragile, plus subtile, qui circule à travers le dessin sans jamais se laisser enfermer dans une technique.

L’invisible dans le portrait et le regard

Je le perçois souvent dans le regard d’un portrait. Un regard peut être parfaitement dessiné, bien placé, équilibré, et pourtant rester vide. Et parfois, avec très peu de traits, quelque chose apparaît : une intensité, une douceur, une inquiétude. Rien n’est explicitement montré, mais tout est là. Je pense souvent à Modigliani, à ces visages allongés, à ces yeux parfois sans pupilles, qui ne cherchent pas la ressemblance fidèle mais laissent émerger une intériorité. L’invisible naît alors autant de ce qui est montré que de ce qui est retenu : un trait interrompu, une ombre à peine suggérée, un espace laissé ouvert pour que le regard de l’autre puisse entrer.

L’invisible comme lien et dimension spirituelle

Il m’arrive aussi de sentir que ce que je cherche à toucher dans l’art dépasse largement la forme ou le sujet. Comme si le dessin était une tentative d’être en lien avec quelque chose de plus vaste, une source d’amour silencieuse qui a créé la vie sur terre et dont nous portons encore la trace. L’invisible demande alors une forme de confiance : confiance dans le processus, dans le regard de l’autre, dans le fait que tout n’a pas besoin d’être montré pour être ressenti. Quand une œuvre fonctionne vraiment, je ne sais pas toujours dire pourquoi. Il y a quelque chose qui tient, qui vibre, qui résiste au temps. Et si je continue à dessiner, à illustrer, à peindre, c’est sans doute pour rester proche de cet espace-là — celui qui ne se voit pas, mais qui rend l’œuvre vivante.

Le dessin : un moment de répis

Autour du dessin et de la peinture